Un mythe moderne (1/2)

C’est une question philosophique et existentielle absolument fondamentale à la laquelle les penseurs à la mine grave (dont, heureusement, votre serviteur ne fait pas partie) ne songent pratiquement jamais, faute de pouvoir y répondre d’une façon ou d’une autre. Y a-t-il oui ou non de la vie en dehors de la terre ? Et si, oui, est-elle intelligente ?

C’est une question fondamentale, parce que, quelle que soit la réponse, tout prend un sens différent.

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De quoi parlait Confucius exactement ? (2/2)

Reprenons notre problème à la base. Nous avons donc un chapitre des Analectes qui présente une difficulté certaine. D’un côté, le texte dit clairement que Confucius parlait rarement du rén (仁), de l’autre, le texte dont nous disposons semble indiquer le contraire : cent neuf occurrences sur un total de cinq cents chapitres environ.

Comment comprendre cela ?

Dans la première partie, nous avons présenté différentes explications traditionnellement amenées pour expliquer cet écart. D’un côté des explications textuelles (le caractère x, que l’on lit d’habitude de cette façon, doit être lu d’une autre manière), de l’autre, des commentaires sur le sens, qui essayent de le moduler un peu afin de coller plus à la réalité.

Nous avons expliqué que ces différentes approches nous paraissaient insatisfaisantes, parce qu’elles font souvent l’économie de l’effort de l’exégèse. Comme si il s’agissait de résoudre le problème afin de l’effacer, plutôt que de le regarder en face et de lui donner un sens.

Ce que nous allons tenter de faire, à une très modeste échelle, dans cette deuxième partie.

Avant de proposer des hypothèses explicatives, nous devons quand même interroger ce présupposé : les Analectes débordent-ils réellement du rén ?

Les auteurs qui se penchent sur la question donnent généralement des données brutes, et comptent le nombre d’occurrence des différents mots clés confucéens.

A ce jeu-là, rén arrive effectivement en tête.
ren (humanité) : 99 fois
li (rites) : 74 fois
dao (voie) : 70 fois
xue (étude) : 66 fois
de (vertu) : 39 fois (1)

Mais c’est aller un peu vite en besogne. Si nous étions facétieux, nous dirions que c’est bien là une approche mathématique faite par des littéraires. Se contenter d’une fréquence pour faire une analyse statistique parait un peu court.

A partir du texte original, nous avons donc dressé le tableau statistique suivant de la répartition du terme rén.

Nous avons compté le nombre d’occurrences (109 selon notre compte), et noté la manière dont ce terme se répartit dans les différents livres. On voit sans surprise que le livre quatre, dont le titre est justement “du rén” comporte le plus d’occurrences. De même, on voit que les livres II, X, XI et XVI ne comportent pas le terme.

Deuxièmement, nous avons regardé combien de paragraphes comportent le mot. Imaginons par exemple qu’il y ait un paragraphe avec 108 occurrences du terme, et un avec 1 seule. Tirerait-on la conclusion que le Maître parlait souvent du rén ? Évidemment que non. (2)

Enfin, nous avons isolés les paragraphes où intervient directement Confucius. Car il arrive que certains chapitres soient entièrement attribués à un élève : c’est le cas de la première occurrence, au chapitre 3 du livre un, mais c’est également le cas du livre XIX, qui est intégralement consacré à des disciples du Maître, et qui comporte trois fois le terme, dans trois paragraphes différents.

Peut-être reprenaient-ils une idée de Confucius, peut-être pas : en tous cas dans le jeu que nous jouons et consiste à considérer que les propos introduits par “le maître dit” ou les anecdotes le mettant en scène sont ce qu’il y a de plus authentiques, on ne garde pour l’analyse statistique que cela.

Ceci fait, nous obtenons le tableau statistique suivant :

Et là nous sommes stupéfait de constater que le concept de rén, censé être l’une des clés de voûte de la pensée confucéenne, n’apparaît en réalité que dans dix pour cent du corpus dont nous disposons !

Voilà qui change un peu la donne : peut-être que le texte a raison de dire que Confucius parlait peu du rén.

Ce qui nous pose une question accessoire : d’où nous vient alors l’idée que le rén est un élément majeur de la pensée confucéenne ?

On peut imaginer deux hypothèses :

1. C’est effectivement un enseignement central, et l’analyse quantitative ne reflète pas l’importance qualitative de celui-ci. Autrement dit : il n’y a que dix pour cent des chapitres qui en parlent, mais en terme de hiérarchie des valeurs, c’est la valeur centrale. (Discutable).

2. C’est une lecture faite a posteriori. On pourrait la dater formellement de Mencius, qui effectivement développe la notion de rén et explore sa dimension politique, mais peut-être que cet enseignement n’est que la conclusion du développement effectué par les maîtres intermédiaires entre Confucius et Mencius (traditionnellement : trois générations après).

On se retrouverait dans la situation similaire à la rectification des noms. On pense souvent que c’est Confucius qui développe cette idée, mais il n’en est rien : il la mentionne, mais dans quelques paragraphes seulement. C’est Xun Zi qui consacre un traité entier au sujet, et c’est vers lui qu’il faut se tourner pour vraiment explorer la notion.

C’est peut-être là la clé principale que nous devons avoir à l’esprit en abordant le paragraphe IX, 1 : Confucius en parlait peu (en tout cas moins que ce qu’on pense), et effectivement, c’est bien ce qu’on voit dans le texte qui est parvenu jusqu’à nous.

Ceci posé, nous n’avons toujours pas résolu notre question de base et fait un effort de lecture qui nous permette de vraiment comprendre de quoi parle ce court paragraphe. Essayons de le lire avec l’étonnement d’une première lecture d’un enfant qui aborde le texte pour la première fois.

Premier étonnement : ce chapitre n’est pas attribué à Confucius ! C’est une évidence : le texte n’est pas introduit par les termes “le maître dit” (子曰), qui signale un propos de Confucius. Qu’il soit une citation directe ou recomposée n’a que peu d’intérêt : ce qu’on veut nous dire avec ces deux mots clés, c’est que c’est un enseignement à attribuer directement au Maître, par opposition à d’autres, qui viennent par la suite.

Alors si ce propos n’est pas de Confucius, de qui est-il ? Et de quand date-t-il ?

Deuxième étonnement : pourquoi vouloir nous signaler que Confucius parlait peu de quelque chose ? Visiblement, pour l’auteur de ce bref chapitre, c’était tout sauf évident. Ce qui présuppose qu’il était dans un environnement où la notion de rén était abondamment discutée. Un peu comme si il voulait dire “attention, vous faites comme si Confucius parlait du rén à tout bout de champ, mais moi je vous dis qu’en réalité, il en parlait assez peu”.

Y’aurait-il un moment dans l’élaboration des Analectes qui correspondrait à cela ? Il faudrait quelqu’un qui a la fois ait la mémoire de l’enseignement direct du Maître (ce qui lui permettrait d’évaluer la fréquence à laquelle une idée est traitée) et qui évolue dans un contexte confucéen qui serait en pleine effervescence.

On pense immédiatement à Meng Zi et à son école : on est suffisamment près de Confucius pour que son enseignement initial soit encore présent dans beaucoup d’esprits, mais suffisamment distant pour que de nouvelles strates se constituent.

Meng Zi et son école sont probablement trop tardifs, mais en tous cas l’auteur de cette maxime semble avoir vécu un moment charnière de ce type. Et, de façon amusante, c’est le cas du lecteur : nous abordons le texte en pensant que Confucius parlait beaucoup du rén : et le texte nous interpelle directement, à travers les millénaires, pour nous rappeler à l’ordre. Le rén ? Confucius en parlait rarement ! Sous-entendu : étudie également le reste et garde-toi des modes qui réduisent les enseignements passés ou qui prétendent les réexpliquer. Gageons que cela ne vaut pas que pour les Analectes !

Notes
(1) Selon le compte présenté par Le Blanc, dans sa préface aux Analectes, Pléïade.
(2) Les Analectes sont composés de 20 chapitres (aussi appelés livres), chacun composés de paragraphes (ou chapitres). Nous employons le couple livre/paragraphes.

De quoi parlait Confucius exactement ? (1/2)

Les Entretiens de Confucius est un texte aussi court que dense. Pour cette raison, il arrive que certains passages soient un peu obscurs, voire à la limite de l’intelligibilité. Ce qui donne aux traducteurs des maux de tête sans fin, et aux commentateurs de quoi jouer.

Certains passages, après avoir été discutés pendant près de deux mille cinq cents ans, ne font toujours pas l’unanimité. Le plus connu ? Probablement le premier paragraphe du livre neuf.

Une phrase de huit caractères seulement dans la version originale, qui semble, a priori toute simple et qui soulève en réalité des montagnes de problèmes. Abordons la montagne à son pied pour essayer de la gravir.

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Pour une approche hébraïque de Confucius

Bryan Van Norden, l’un des meilleurs spécialistes de la pensée chinoise antique de notre époque, consacre une annexe de son livre sur le sujet à ce qu’il appelle « notre vision du monde et la leur » (1). Son but ? Permettre au lecteur occidental de prendre conscience d’un certain nombre de présupposés généralement admis à notre époque qui viennent obscurcir la lecture des philosophes chinois classiques tant ils sont éloignés de la vision du monde de ces derniers.

En préambule, il donne un exemple concret, tiré du premier paragraphe des Analectes, qui dit : « Etudier et mettre en pratique au moment prescris ce que l’on a appris, n’est-ce pas une grande joie ? » (2)

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2001, L’Odyssée de l’espace (Actes IV et V)

Suite de l’analyse des actes I et II et de l’acte III. Il contient des éléments clé de l’histoire, notamment le dénouement.

Acte IV

Carton : « Jupiter et au-delà de l’infini ».

Plan sur Jupiter, une lune, le vaisseau. Et voilà qu’apparaît un monolithe noir qui tourne sur lui-même et qui flotte dans l’espace.

Dave est à l’intérieur de l’un des modules d’exploration. Il se dirige vers ce monolithe, qui semble être la clé de sa mission. Il s’aligne avec celui-ci, et voilà que les chœurs bourdonnants de la musique de György Ligeti montent en puissance : un étrange voyage commence.

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2001, L’Odyssée de l’espace (Acte III)

Cet article fait suite à celui-ci, qui traitait des deux premières parties du film. Il contient des éléments clé de l’histoire.

L’Acte III est l’acte central du film. C’est le plus long, et c’est en général celui-là dont on se souvient, des années après. A la fois par son thème (l’ordinateur qui devient trop humain) et par sa dramaturgie.

Cela commence par un carton qui indique : « Mission Jupiter : 18 mois plus tard ».

Un long vaisseau occupe tout l’écran et avance lentement. A l’intérieur, quelqu’un court. Plan horizontal à nouveau, l’homme fait de l’exercice dans une structure circulaire, condition nécessaire pour obtenir de la gravité dans l’espace, et nouvelle occasion pour Kubrick de nous montrer des images complètement inédites.

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2001, L’Odyssée de l’espace (Actes I et II)

Avertissement : cet article contient des éléments clé de l’histoire.



C’est une œuvre unique. Un film hybride qui mêle opéra et tableaux abstraits, et dont le thème n’est rien de moins que l’évolution de la conscience humaine de l’âge des cavernes à l’âge de la conquête spatiale. Un film sans prédécesseur et sans successeur, et, peut-être, pour cette raison, un film un peu obscur, surtout si on le voit la première fois en pensant qu’il s’agit simplement d’un film de science-fiction.

C’est surtout un film dont les thèmes, au fur et à mesure qu’on se rapproche de l’hypothétique singularité, deviennent de plus en plus d’actualité. En 1968 ils semblaient appartenir à un futur possible ; aujourd’hui ils sont notre actualité.

Alors lançons la bobine, éteignons la lumière, installons-nous au fond de la salle, là où on peut entendre le cliquetis de la croix de Malte (la meilleure place) et replongeons-nous dans le chef-d’œuvre de Stanley Kubrick. (1)

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Dieu existe-t-il ?

Est-ce que Dieu existe ?

C’est une question fondamentale, mais une question qu’on pose de moins en moins. Parce qu’elle est désormais du domaine du privé, de l’intime. Parce qu’elle semble dépassée. Parce qu’elle semble insoluble. Pour ces raisons et pour beaucoup d’autres, elle est désormais considérée, dans notre occident contemporaine comme un peu vulgaire ; au pire : déplacée.

Pourtant c’est une question fondamentale, qui oriente toutes les autres. Si Dieu existe, tout est différent. Et si Dieu n’existe pas, alors tout est vraiment différent.

Question banale, question fondamentale, mais surtout : question mal posée. C’est en faisant un détour par la méthodologie de la rectification des noms que nous allons voir qu’en réalité on ne sait pas vraiment ce que l’on demande lorsqu’on dit cela.

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Nationalité, citoyenneté

Il existe en français une distinction entre nationalité et citoyenneté, distinction que l’on a souvent tendance à oublier, réduisant le second concept au premier, au risque de perdre des nuances fondamentales.

La nationalité, c’est le fait d’appartenir à une nation, c’est à dire à un groupe d’hommes qui partagent (entre autres) une langue, une culture, une religion et un territoire.

La citoyenneté y est liée mais ne s’y confond pas. Elle est la possibilité de participer à la vie publique de cette nation, à la vie de sa cité.

La norme, dans le monde où nous vivons, est que chaque membre d’une nation est également citoyen de celle-ci, et, en ce sens, peut participer à la vie publique de sa nation.

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Religion, religions (2/2)

(Suite de la partie 1).

A partir de la Renaissance, l’Europe connaît une série de phénomènes qui vont créer un terrain propice à l’évolution du sens du mot « religion ».

La première est la découverte de l’Amérique : pour les Européens, le monde s’élargit soudain, et cette terre qui se situe à l’ouest est peuplée. La question de savoir quel est le statut de ces peuples va agiter la chrétienté pendant des années : si ce sont des hommes, et si ils ont donc une âme, alors ils peuvent être sauvés. Les missionnaires découvrent des cultes particuliers : voilà qu’il y a une nouvelle gamme de pratiques qui apparaît et qui semble ne pas rentrer dans la dichotomie christianisme/hérésie qui prévalait jusqu’alors.

Le deuxième phénomène est la redécouverte de l’antiquité et de ses auteurs. Une série de penseurs va en particulier essayer d’accorder les écrits de Platon avec le dogme chrétien. Et c’est chez eux que l’on détecte de façon la plus évidente que le mot religion est en train d’être travaillé.

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